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LIBRE-ARBITRE ET DESTINÉE
 
La vie, la mort.
Le temps, l'espace.
Hasard ou Destinée?

Celui qui sait résoudre cette équation se possède lui-même car il a compris qu'il faut choisir au travers de ces différentes dimensions, les véritables piliers de sa fondation.
L'édification de notre existence repose sur l'accomplissement de nos désirs. Depuis la nuit des temps, l'homme a dirigé son regard vers la voûte étoilée pour observer la course du temps. Primitivement, c'est dans l'obscurité autour du feu que l'homme a pu appréhender la distance qui le sépare de l'univers infini. Tout en étant au sommet de la création, il a ressenti la précarité de sa position face à l'immensité de la vie terrestre.
Nous ressentons tous cette dualité basée sur la nécessité de s'inclure dans la réalité tout en poursuivant notre rêve d'aspirer à autre chose de nous-même. Nous nous heurtons souvent aux obstacles qui entravent le chemin de notre accomplissement parce que nous ne comprenons pas que cela repose sur un principe simple: le jeu de la causalité. Si nous ne sommes pas aptes à choisir pour nous ce qui nous enrichit, ce qui nous construit, ce qui nous fait progresser dans cette quête de la réalisation de notre propre dimension, l'univers décidera pour nous ce que nous devons accomplir. Nous subissons alors des effets que nous n'avons pas décidés. Nous sommes ballottés au gré de circonstances que nous avons enclenchées sans en posséder la maîtrise.
Saisir le fil de son existence suppose que nous soyons conscients de la nature de nos désirs pour utiliser nos ressources en combattant nos propres incapacités. Cela s'appelle la quête de soi par la connaissance de ce que nous engendrons. Il n'y a pas de fatalité, juste des leçons à tirer de nos actes. Avoir le courage de choisir nos actes, c'est exercer le libre-arbitre pour façonner notre destinée.
Je voudrais prendre une citation de Ptolémée, astrologue égyptien: " les astres inclinent mais ne déterminent pas ". Il n'y a pas de déterminisme, il y a une destination. La destinée est un parcours que nous effectuons d'une porte à une autre, de la naissance où nous prenons le souffle en inspirant et la mort où nous expirons ce souffle vital. Entre les deux, il n'y a qu'une grande respiration. Pour beaucoup d'êtres humains cette respiration de la vie est difficile car il y a des blocages, des traumatismes. On peut ressentir aux tréfonds de nous une douleur, une souffrance à être nous-même car nous n'avons pas appris à la rendre utile.
Nous explorons le champ de l'existence sans toujours savoir où cela va nous conduire. Nous menons une quête incessante du bonheur parce que la vie ne nous offre que de brefs instants de tranquillité, de plénitude. Nous quittons un bonheur pour essayer d'en attraper un autre avec un perpétuel sentiment d'insatisfaction parce que nous ne nous acceptons pas tel que nous sommes. Nous ne comprenons pas que le bonheur est une illusion dont nous repoussons sans cesse les limites. Nous pensons souvent que la réussite du bonheur provient du hasard, de la chance ou d'une intervention extérieure, voire divine. Nous ne comprenons pas que le vrai bonheur, c'est la possession de soi-même en un seul et même instant dans un tout dont nous ne sommes qu'une partie active.
La chance n'a rien à voir avec le hasard ou le destin. Il y a des aides, des co-incidences ou des concours de circonstance qui nous donnent l'impression d'avoir gagné à la loterie de la vie. Le plus souvent par besoin de sécurité, nous ne savons pas saisir les opportunités qui nous sont proposées par peur de lâcher les choses qui ne nous satisfont pas. Nous souffrons en créant d'impossibles compromis, en nous accommodant de situations insatisfaisantes plutôt que de tenter l'aventure de ce qui nous convient. C'est la peur de réussir qui conforte la culture de l'échec.
Nous avons une peur fondamentale de l'inconnu alors qu'en nous mettant en mouvement, nous pouvons faire tourner la roue de la vie. De nombreux symboles ancestraux nous y invitent dont la plus significative est la svastika indienne, une croix représentant le mouvement perpétuel de l'univers. L'immobilisme est notre propre fléau par peur du changement parce qu'évoluer n'est qu'une transition, une transaction entre l'ancien et un nouveau qui n'existe pas encore. Cette gestation est dans le potentiel d'un présent constituant un futur qui requière notre participation active. C'est l'action, l'agir qui détermine notre devenir, pas notre avenir. Essayer, entreprendre, c'est parfois oser se tromper avec une formidable faculté, celle de rectifier nos erreurs. Les Grecs utilisaient le symbole de l'Orouboros, un serpent se mordant la queue, pour illustrer la spirale de la vie dans laquelle nous sommes pris. Échapper à cette spirale, c'est plonger au cœur de la vie qui est en nous pour faire émerger la substance de nos désirs en les mettant en œuvre. Devenir le maître d'œuvre de sa vie, c'est être le véritable architecte de sa construction intérieure. S'affranchir, c'est progressivement tracer sa voie en reliant toutes ces parties de nous-mêmes dans une cohérence conjuguant la dualité de notre aptitude à embellir notre existence.
Nous sommes souvent en perpétuelle dualité avec notre univers intérieur et le monde extérieur en éprouvant la difficulté de trouver notre juste place. Nous ne comprenons pas forcément que pour trouver son équilibre entre ces mondes, il faut un centre, un axe pour les relier et les conjuguer pour que notre vie soit cohérente et harmonieuse. Nous construisons alors des systèmes pour nous protéger, nous préserver, pour espérer, ce qui nous coupe de notre nature profonde. Nous aspirons à être, à devenir, mais cela implique la gestion de situations multiples et complexes que nous subissons tout en essayant de les contrôler et de les dépasser.
Ce sont toutes les situations de notre existence que nous devons utiliser car elles ne sont ni bonnes ni mauvaises. Nous devons simplement les employer pour qu'elles deviennent utiles à notre propre connaissance. Mais il nous manque cette connaissance de nous-même " le connais-toi toi-même " pour évoluer et faire des choix judicieux.
C'est cette notion de libre-arbitre qui parfois nous échappe car nous pensons qu'en contrôlant une situation, nous pouvons contrôler notre vie. Ce n'est pas une histoire de contrôle mais de maîtrise de soi. Les situations de l'existence se maîtrisent de l'intérieur en descendant dans l'intimité de notre propre univers.
Notre vision de la réalité est tronquée, elle est fortement subjective car il n'y a pas de fatalité seulement quelques impondérables. Nous ne vivons pas dans le monde, nous vivons dans une représentation fragmentée d'un monde que nous construisons et actualisons en permanence. Nous sommes constamment les scénaristes de notre existence.
Celui qui comprend que ce ne sont pas les situations qui doivent diriger sa vie mais lui-même, cherchera alors les moyens pour y parvenir.
Vouloir ne suffit pas, il faut pouvoir et pour agir il faut acquérir le courage d'aller chercher au centre de nous-même la dimension de notre être pour la relier à l'existence.
Exercer son libre-arbitre, c'est avoir et développer le pouvoir de se rectifier pour comprendre par le travail de la conscience de soi, ce qui est à transformer.
L'univers nous indique fréquemment des signaux pour créer un équilibre et être ainsi en harmonie avec nous-même et ce qui nous entoure. Le problème fondamental, c'est que nous n'avons pas exercé notre regard pour lire attentivement tous les panneaux indicateurs qui jalonnent la route de notre vie. Nous devons dessiller nos yeux, éveiller nos sens, nous immerger dans notre dimension émotionnelle et affective, saisir les méandres de notre esprit pour parcourir le chemin intérieur de la connaissance de soi. C'est le seul chemin authentique qui mène à la lumière de l'être que nous sommes dans l'unité, l'unicité de toutes les parties de nous-même.
Le principe de la synchronicité des causes et effets trouve alors sa force dans: " Ce que je vis sera l'expression de ce qui est au fond de moi ". Vivre dans la liberté de mes choix, dépasser les contraintes en acceptant l'astreinte d'une conscience objective où je ne serais plus le sujet de ma vie mais l'objet le plus précieux. S'affranchir de nos tourments est possible, mais ceci demande une grande exigence de nous-même, celle d'être conscient de la manière dont nous agissons et réagissons. C'est une grande implication qui fait peur car elle nous oblige à grandir, à assumer notre responsabilité d'être celui que l'on est.
La psychanalyse, la philosophie, la spiritualité, la créativité, la sexualité, sont autant de voies que nous pouvons emprunter pour mettre en pratique notre responsabilité d'exister authentiquement.
Ces outils ont le formidable pouvoir de nous accompagner dans la plus belle découverte, la dimension de notre Soi qui est le miroir de notre humanité intérieure.
C'est cette humanité qui relie universellement tous les êtres qui veulent devenir conscients de la richesse qui est mise à leur disposition. En accomplissant cette démarche de la connaissance de soi, chacun de nous peut percevoir que le plus formidable outil mis à la disposition de l'être humain est son intuition, celle qui le guidera comme une lumière dans les méandres obscurs de sa destinée. L'individu peut alors développer une faculté essentielle, l'anticipation qui offre l'extraordinaire capacité de se projeter dans son avenir en considérant qu'il est le seul maître de l'accomplissement de ses désirs. Ce n'est pas un chemin de solitude. C'est dans l'attitude, s'ouvrir à la richesse des autres. S'ouvrir, c'est accueillir pour recueillir.
Celui qui comprend avec humilité qu'il doit suivre et respecter son intuition en la débarrassant de toutes les scories de la peur, de la lâcheté, de la négligence et de la vanité saura trouver une sortie honorable à son existence. Il aura peut-être comme le disait G.I. Gurdjieff: Une mort honorable!
Cette perspective réaliste repose sur une formidable espérance, celle de gouverner sa vie pour en jouir dans la plénitude des devoirs envers nous-même et envers les autres en honorant surtout le plus beau cadeau qui nous a été offert: la VIE.
Vivre est un état d'esprit alors qu'attendons-nous pour changer: L'état ou l'esprit?

Jeff Le MAT