J'en ai tiré un profond enseignement sur la relation de l'homme et les voies de son destin. J'ai réalisé beaucoup plus tard qu'il y des portes incontournables que nous devons franchir. C'est entre ces portes qu'existe le véritable libre-arbitre. Nous allons d'une porte à une autre. C'est le choix de la première qui détermine le chemin qui nous amène ensuite à devoir en ouvrir une autre. La compréhension des circonstances, des situations, des personnes que nous croisons sont autant d'indicateurs qui peuvent nous guider dans notre conduite, notre état d'esprit. Plus nous apurons, plus nous rectifions nos erreurs ou nos incapacités plus nous développons la faculté de faire les choix judicieux. Ces choix sont les lumières qui éclairent ou obscurcissent notre chemin de vie.
 
Après cette période d'intenses recherches, je fis le choix de passer par Paris et le destin mit sur mon parcours ma future épouse. Elle était Canadienne d'origine amérindienne, faisait du théâtre et du cinéma. J'ai fait les photos de son book et nous sommes tombés amoureux. Elle voulait retourner au Canada, j'avais le même désir. On s'est marié et on est rentré à Montréal. Ce mariage à vingt-cinq ans représentait l'aboutissement de ce que j'aspirais à vivre sereinement.
 
Un an et demi après une aventure commune tumultueuse, cette construction se termina de manière abrupte par le départ de mon épouse qui sans crier garde quitta le foyer en le vidant de son contenu. Elle ne me laissa que le strict nécessaire recréant ce fameux vide auquel j'avais été si longtemps confronté. Je me retrouvais dans une formidable régression où je m'apercevais à quel point, les valeurs familiales avaient de l'importance. Une immense souffrance émergea à nouveau car ce choc émotionnel me ramena aux sentiments d'abandon et de solitude.
 
Cet évènement majeur de mon existence me plongea dans l'incertitude. J'étais amené à reconsidérer de multiples dimensions de moi-même en constatant que cette quête de l'homme perdait son sens. Je découvrais enfin que j'avais tout simplement oublié de m'inclure dans cette démarche. J'avais été comme un catalyseur, un filtre, un révélateur qui ne comprenait pas la dimension émotionnelle de sa propre nature. J'étais invalide de moi-même. Ma perception de l'humanité bascula dans un vide existentiel où je tentais de trouver mes vrais repères.
 
La psychanalyse m'aida à comprendre que les véritables perspectives de l'existence d'un homme se dessinent de l'intérieur. Je devais dès lors m'immerger dans le vaste domaine de mes émotions pour les relier aux différents courants de ma nature. Je découvrais toute la dimension de mon paysage intérieur. Cette vision jeta un éclairage nouveau sur la manière dont un individu peut se construire et parfois se défaire.
 
En considérant tous les acquis que m'avaient apportées mes recherches, je les utilisais dans une véritable conversion du regard sur moi et le lien qui m'unissait au monde. Comme Ariane, je saisissais ce fil ténu pour sortir de mon labyrinthe. J'avais été comme Icare volant trop près du soleil, la chute me ramena dans l'obscurité pour découvrir la nature de ma lumière. Je comprenais enfin que ce sentiment que je ressentais étant enfant n'était autre qu'un vide qui devait être comblé par la conscience de la dimension de mon être.
 
En reprenant l'ancien précepte de l'école platonicienne " connais-toi toi-même ", je saisissais que la véritable édification d'un individu repose sur sa construction intérieure. Il est le seul à pouvoir rectifier par la conscience de soi ce qui a pu être altéré par son éducation, ses expériences, ses incapacités, ses traumatismes, tout ce qui a pu constituer en lui une blessure profonde.