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L'année de mes
vingt ans fut marquée par l'exil du giron familial. J'accédais enfin à la
liberté de mouvement et cette étape prit dès lors la dimension d'une quête pour
comprendre le sens de cette impression de distance résiduelle qui m'empêchait
toujours de me relier avec le monde. Je m'expatriais et explorais
la diversité de la nature humaine en voyageant vers de nouveaux horizons. Je
découvrais d'autres cultures, d'autres musiques, d'autres pensées, d'autres
religions, d'autres systèmes d'organisation sociale, politique au milieu
desquelles, l'humain occupait une place centrale. Je m'attachais à rencontrer
l'homme en cherchant cette part d'humanité qui semblait me manquer. J'ai
développé ainsi la faculté de m'ouvrir à l'univers de l'autre. Je fus aidé dans
cette démarche par Serge Diakonoff, un de ses hommes qui ont jalonné mon
parcours, qui m'ont enrichi de leur expérience et de leur confiance. Serge était
un apatride vivant à Genève. Il était décorateur, peintre et photographe, très
éclectique dans sa démarche existentielle. Passionné d'ethnologie et
d'anthropologie, je crois qu'il a beaucoup influencé ma manière d'aborder
l'univers de l'homme. Il aiguisa mon regard pour ressentir qu'au-delà de
l'apparence, les objets peuvent s'organiser différemment. En contrôlant la
profondeur de champ, j'ai pu comprendre qu'en prenant une photo sous différents
angles, on avait la possibilité de déplacer son point de vue sur les choses. Son
explication fut plus philosophique que photographique. Ce fut une grande leçon
pour être en contact avec les choses, je devais simplement m'ouvrir et sentir
qu'au travers d'une multitude de points de vue, un seul avait un sens véritable
car il me reliait directement à ce que je percevais. Mes voyages
m'amenèrent à considérer que les langues étaient un outil essentiel.
L'acquisition de l'anglais fut une priorité, ce qui me permit d'étudier en terre
canadienne et américaine. J'y étudiais la géométrie, la topographie,
l'architecture, l'urbanisme, la cité. Ce furent mes premiers centres d'intérêt
pour développer une vision globale de la société. J'essayais d'anticiper comment
s'organiserait la cité de demain à partir de ses fondements. L'histoire des
civilisations prit une place importante dans cette démarche.
Je complétais
mes études par le design pour exprimer mon côté artistique et créatif. Je
voulais concevoir d'autres formes d'aménagements intérieurs, de meubles,
d'habitations car je croyais que cela créait de nouvelles perspectives pour
l'homme, pour son quotidien, pour son devenir. Le sens de l'esthétisme et mon
éclectisme m'ouvrirent les portes du succès et celles de la réussite
professionnelle et matérielle.
J'ai senti à
ce moment-là une sorte d'accomplissement. J'en profitais pour faire un
pèlerinage sabbatique en Israël. J'ai appris l'hébreu en kibboutz. J'ai aussi
connu par les larmes et le sang, les prémices de la guerre avec le sud Liban et
les Palestiniens. J'avais besoin de paix, de me ressourcer et de continuer ma
quête spirituelle. Je suis allé étudier dans les écoles rabbiniques avec
beaucoup de questions.
Mes
interrogations dérangèrent, mais elles eurent l'avantage de me conduire auprès
d'un rabbin qui étudiait dans le cercle très fermé d'un " Tzadik ", un sage au
vrai sens du terme. C'était un grand érudit de la kabbale qui décela le sens de
mon questionnement. Il me fit étudier un texte biblique qui traitait de
l'importance de la relation d'un fils rebelle et dévoyé avec son père. Je
trouvais beaucoup d'écho avec mon histoire et cela m'aida à comprendre le lien
symbolique qui peut nous unir à un patriarche, à dieu. Il m'initia aux méandres
de la kabbale dont je suis toujours un perpétuel étudiant. Mais à cette époque,
je ne comprenais pas que les secrets que j'accumulais me serviraient à relier
l'univers kabbalistique avec l'astrologie et la psychanalyse.
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