Au travers de cette présentation, peut-être
devrions-nous comprendre que développer une pensée objective représente un
élément clé pour observer l'être humain. Un des composants de l'homme qui prête
à controverse depuis des siècles et qui continue à faire débat est son âme. On
confond d'ailleurs assez aisément l'âme avec l'esprit qui est associé aux
fonctions cognitives du cerveau, l'intelligence, la pensée, le mental. Dans
l'Alchimie, l'âme est décrite symboliquement comme un œuf. C'est certainement,
parce l'âme induit une perception sensible de notre univers entraînant la
gestation d'idées devant prendre corps dans la réflexion. Cette réflexion est
elle-même prorogée dans l'agir par l'ensemble des hommes pensants.
On peut alors s'interroger sur ce
processus de fécondation d'idées et d'actions en revenant au concept de l'œuf et
de la poule. Il ne s'agit pas de déterminer où cela commence et où cela fini
mais ce qui pousse la nature humaine à créer cette dynamique pour concevoir une
évolution significative de son humanité.
Considérons d'abord l'homme comme
principal composant de cette humanité : Mammifère, homo-érectus, homo-sapiens,
il représente le maillon le plus évolué de la création terrestre. Cet élément
central de l'humanité se distingue de l'animal par une fonction singulière,
celle de concevoir le temps, l'espace et la matière.
* Le temps :
Intrinsèquement notre " sapiens " peut mesurer le temps sur l'échelle de sa
vie et celle de ses actes.
* L'espace : Il investit
l'espace pour affirmer sa suprématie sur mère nature. Il bâtit des structures
sociales, il organise des systèmes, il les détruit pour exorciser sa peur de
l'inconnu.
* La matière : De sa
rencontre avec la tutelle nourricière de sa génitrice, il conçoit la matière
comme l'élément primordial de sa sécurité individuelle. Il la thésaurise pour
en faire une arme de pouvoir et de reconnaissance
sociale.
Ces trois
composantes de l'humanité constituent les particularités de l'archétype humain
et trouvent leurs analogies dans l'ordre des trois dimensions individuelles:
"Être, faire et avoir".
À ce stade,
nous pouvons considérer que le développement de l'humanité s'est fait par l'une
ou l'autre de ces composants mais rarement dans l'ordre et l'unité de ces trois
valeurs. En effet, depuis l'aube des temps, beaucoup d'individus ont considéré
que "l'avoir" et le "faire" était la condition sine qua non de la
matérialisation de leur état "d'être". On pourrait même pousser le vice jusqu'à
dire que "l'avoir" s'est substitué par "le savoir" au détriment de la véritable
connaissance, celle de soi-même, celle du "connaît toi toi-même" des gnostiques
grecs.
Or, il s'avère
que depuis l'aube de l'humanité, certains individus ont considéré que la
véritable évolution de l'homme résidait dans cette unité de la manifestation de
"l'être" dans l'accomplissement du "faire" par la connaissance. Cette découverte
initiatique a constitué dès lors le secret de l'accomplissement humain. Cet
amour de la sagesse authentique a poussé les philosophes à concevoir d'autres
chemins d'existence de la pensée par la constitution d'une tradition que l'on
pourrait qualifier d'humaniste dans le sens où elle place l'homme au centre de
sa création, de ses interrogations, bref au centre de lui-même. Le plus
remarquable, c'est qu'au travers de cette quête existentielle, nombre d'entre
eux, au travers des âges et des cultures, ont laissé des témoignages concordants
sur la nature même de l'existence humaine, de son essence, par une alchimie
subtile de sa substance où l'être est à la fois le tout et le rien, l'objet et
le sujet de sa réalité pour concevoir en finalité qu'il n'est qu'un lien
unissant macrocosme et microcosme. Voilà peut-être l'origine du problème de
l'humain qui sacralise sa position centrale pour découvrir en finalité la
vacuité de son pouvoir.
Peut-être
pourrait-on affirmé que le seul bien secret de l'humanité est le libre-arbitre
de son devenir dans la mesure où celui-ci est capable de faire des choix, non
avec lui-même mais avec ce qui le dépasse, avec le plus grand que lui, avec ce
tout qui l'effraie et dont il veut percer les mystères.
Il se trouve
alors que l'émergence de ce concept d'unité, c'est établi au sein de notre boîte
crânienne par l'entremise de nos trois cerveaux: Reptilien, limbique et
néocortex. Ces trois éléments concomitants de la pensée humaine ont contribué à
l'émergence d'une faculté étonnante de l'esprit humain: la
conscience.
Cette
"conscience" au stade subjectif que l'on pourrait nommer "la morale", représente
le pire tourment de l'espèce humaine tout en s'avérant être le reflet de notre
pensée dualiste. Elle agit de façon séquentielle cherchant obstinément à combler
le vide intérieur de nos réflexions. Or, c'est justement par l'entremise de ce
vide que se constitue l'unité de l'homme universel: la conscience objective du
"tout" où nous ne sommes alors que l'objet d'une dimension supérieure qui nous
englobe.
Qu'adviendra-t-il de notre humanité le jour où elle accédera
à l'unité et la concorde universelle par la conscience du tout? Entre nous, sans
concevoir qu'elle le peut, pouvons-nous poser la véritable question: Le
veut-elle ?