"La création est en
même temps ombre et lumière, sans cela aucune image ne serait possible. Le bien
et le mal doivent alterner au sein de la MAYA qui représente l'incarnation
dans l'illusion de note vie terrestre. À supposer qu'en ce monde ici-bas, le
bonheur soit infini, l'homme chercherait-il autre chose? Sans la souffrance, se
rappellerait-il son essence éternelle, oubliée? La douleur d'exister incite
à se souvenir que nous ne sommes que mortels et la sagesse est le moyen de s'y
soustraire pour percevoir notre Quintessence.
Irréelle est la tragédie de la mort; ceux qu'elle effraye ressemblent à l'acteur
stupide qui, sur les planches, a peur d'un coup de pistolet qu'il sait tiré à
blanc." Swami
Yogananda.
Voici quelques propos sur le sens
du travail sur Soi et la pratique de la Voie Intérieure pour
entendre au fond de nous cette Voix authentique qui sait ce que nous
sommes vraiment. J'ai élaboré ce texte sur la transformation de Soi en voulant
être le plus clair possible. En psychanalyse, on parle de " résilience ", cette
capacité à résoudre nos souffrances. L'éveil fait partie du développement
personnel à prendre une distance avec nos souffrances les plus intimes pour les
rendre utiles et ainsi les dépasser.
Avant de développer ce texte, je
voudrais citer un passage du dernier livre de J-C Grangé " Le Passager " :
La fin du XXe siècle a répété jusqu'à l'usure un lieu commun, résumé par la
sentence de Nietzshe " Tout ce qui ne me tue pas me rend plus fort ". C'est une
sottise, du moins dans son acceptation banale et contemporaine. Au quotidien, la
souffrance n'endurcit pas. Elle use, fragilise, affaiblit. L'âme humaine n'est
pas un cuir qui se tanne avec les épreuves. C'est une membrane sensible,
vibrante, délicate. En cas de choc, elle reste meurtrie, marquée, hantée. La
souffrance devient alors maladie, avec sa vie propre, sa respiration, ses
oscillations. Elle se réveille sans prévenir et, plus dangereux encore, se
nourrit d'elle-même. La souffrance surgit souvent sans lien visible avec le
présent ou l'environnement. Même si le lien existe, il est si profond, si enfoui
que la personne ne peut le mettre en évidence sans une aide extérieure.
Il existe toutes sortes de voies qui peuvent conduire à
s'éveiller à soi-même et comprendre la réalité de ce que nous sommes vraiment et
la véritable nature du monde qui nous entoure. La psychanalyse, la philosophie,
la méditation, les arts martiaux, le Zen, le yoga ou la sexualité ne
sont entre autres que des moyens, des révélateurs de notre propre nature.
Prenons par exemple la sexualité qui peut révéler nos bas instincts et ne rester
que l'expression de notre soif de plaisir. Si nous commençons à la considérer
autrement avec une voie spirituelle comme le Tantrisme, nous pouvons découvrir
qu'au-delà de la partie animale qui s'exprime dans l'acte sexuel, il y a en nous
une parcelle divine qui nous appelle à rejoindre notre partenaire dans une
dimension vibratoire qui transcende l'acte lui-même. Notre orgasme devient une
communion avec l'autre sans passion dans la beauté de l'instant. La sexualité
devient ainsi une autre expression de nous-même car elle transforme l'acte
autant qu'elle nous transforme. Alors, transformer son existence n'est pas une
chose facile. Elle est même souvent ardue, difficile voir impossible.
Qu'est-ce qui peut nous inviter à la
transformation de nous-même? Les épreuves, les déceptions, les trahisons,
les abandons, les incompréhensions? Autant de souffrances que nous rencontrons
parfois sur la route de notre vie qui peuvent nous inviter à ce changement, car
un individu remet rarement en cause son propre bonheur.
L'être humain ne commence à se transformer intérieurement que
lorsqu'il entrevoit le propre sens de sa transformation. Sinon, il continue à
rejeter la faute sur les autres, les situations, la vie, le destin ou la
mal-chance. Alors, vient le temps de prendre une voie pour s'éveiller à une
autre dimension de la vie. Dans cette quête, bien des voix vont surgir dans
notre mental pour remettre en cause la nécessité de cette transformation et du
travail qui est à accomplir car nous sommes souvent l'otage de nos propres
démons qui sont pourtant assez simples à identifier: En premier lieu, la peur
qui nous empêche de progresser puis d'autres choses qui nous retiennent comme
l'orgueil, la cupidité, l'ignorance ou le désir parce que désirer, c'est
posséder et avoir ainsi l'illusion d'exister. Ces voix ne sont que l'expression
de notre difficulté à lâcher prise, à nous ouvrir à notre essence, notre
humanité, notre Soi authentique, à cette chose immatérielle, inexplicable,
incommunicable qui n'est pas entachée par la souffrance d'exister
imparfaitement. Commencer le travail sur soi, c'est entrevoir que nous ne sommes
que perfectibles car la perfection n'existe pas. Le travail sur soi-même n'est
plus alors une contrainte mais l'astreinte volontaire à garder l'équilibre et
l'harmonie en nous et la relation avec notre monde. C'est là que se trouvent le
secret et la beauté du travail intérieur.
Certains arrêtent ce travail intérieur à un moment, entrant
dans la certitude d'avoir enfin compris cette chose si apparemment
incompréhensible et avoir découvert une vérité, la vérité sur le sens de
l'éveil. Les faux prophètes et les faux gurus jouent
de cette illusion parce qu'ils en font un objet de pouvoir car leur vision est
incomplète. Le grand égarement est l'arrogance de croire en la possession d'une
vérité qui ne peut exister qu'à l'intérieur de nous-même. Elle est incommunicable par essence.
Pour rendre communicable cette chose mystérieuse, il faut
entrer dans le partage, l'amour, l'amitié, la fraternité, la bienveillance, la
compassion pour qu'ils deviennent autant d'expressions de la Sagesse. La Sagesse devient alors une pratique authentique,
celle de l'éveil à la beauté de la vie. La Vie est
Universelle car elle relie et unit tous les Êtres sur cette terre. Celui
qui perçoit peut-être cette unique vérité peut s'éveiller à la vie. L'éveil est
plus qu'une voie, c'est un cheminement vers le merveilleux.
Si nous
appelons Bouddha, l'Éveillé, qu'est-ce que cela
signifie ? Quel est cet Éveil ? C'est, en réalité, la cessation de nos
illusions, les rêves ne sont plus. C'est comme s'il n'y avait plus d'étoiles
dans le ciel. Ce n'est plus qu'un pur espace. Quand il n'y a plus de rêves, vous
devenez un pur espace. Il existe malheureusement une grande
confusion à propos de l'état d'Éveillé car cet état implique non
seulement un grand détachement mais aussi une grande compréhension de notre
raison d'être sur cette terre. Bouddha a dit que nous étions prisonniers par nos
vies de la Maya, la grande "Illusion". Peu
d'individus sont arrivés à ce degré d'illumination et de compréhension de cette
illusion. Le passage à l'éveil représente autre chose car il signifie un
commencement et non une fin, juste l'entrée dans une voie qui peut conduire
tout individu à être en état de veille permanente et
être ainsi un Éveillé. C'est donc cette pureté, cette innocence, cette
conscience, sans rêves que l'on appelle l'Éveil,
l'Illumination.
Depuis des siècles, à travers le monde entier, Orient ou
Occident, les Grands Maîtres
Spirituels l'ont dit " l'homme est
endormi ". Ainsi, la nuit, vous êtes simplement un peu plus profondément
endormi que le jour. Voilà ce qu'il faut essayer de comprendre. Qu'est-ce que
cela signifie ? Pourquoi Gurdjieff a-t-il dit, lui aussi, que " l'homme est en quelque sorte endormi ". Il disait aussi que
"l'homme doit se réveiller pour se rappeler à
lui-même" parce qu'il ne sait pas qui il est car il ne s'en souvient
pas.
Savez-vous réellement qui vous
êtes? Si vous rencontriez une personne dans la rue, que vous lui
demandiez qui elle est, et qu'elle ne puisse pas vous répondre, que
penseriez-vous d'elle ? Vous penseriez soit que c'est un fou, soit que c'est un
drogué, soit que cette personne est endormie. En prenant une voie d'éveil à
soi-même, on peut arriver à dire qui l'on est.
Voilà la première
signification des paroles de Gurdjieff, Jésus ou Bouddha: "Vous n'êtes pas conscient de vous-même".
Vous ne vous connaissez pas. Vous ne vous êtes jamais rencontré. Vous connaissez
beaucoup de choses dans le domaine de l'objet, mais vous ne savez rien de celui
du sujet. Vous vivez comme on va au cinéma. Sur l'écran, le film passe, et vous
êtes tellement absorbé par le film, l'histoire, ce qui apparaît sur l'écran, que
si quelqu'un vous demande qui vous êtes, vous ne trouvez rien à répondre.
Le rêve est comme un film! C'est le reflet du monde dans
votre mental. Le monde, la vie, votre vie se reflètent dans le miroir du mental.
Voilà pourquoi beaucoup de choses ne sont qu'illusions. Et vous êtes si
profondément absorbé dans vos pensées, vous vous identifiez tellement à elles,
que vous avez complètement oublié qui vous êtes. Vous êtes " endormi ". Comme un rêveur qui est perdu dans son rêve,
vous voyez tout, à l'exception de vous-même; vous sentez tout, à l'exception de
vous-même; vous connaissez tout, à l'exception de vous-même. Cette ignorance de
Soi, c'est le sommeil. Si le rêve ne cesse pas un jour, un moment, un instant,
vous ne pouvez pas vous éveiller à vous-même. " Perdre ses illusions n'est pas une souffrance, cela doit
devenir une nécessité ressentie ". Si vous êtes souvent affecté
par vos désillusions et que vous ressentez une grande
frustration, c'est que vous êtes encore dans le monde
de l'illusion. Vous exigez des choses que vous n'arrivez pas à posséder et vous
êtes frustré d'être dépossédé de choses que vous ne possédez même pas!
C'est que vous êtes encore dans le
rêve.
Il vous est peut-être arrivé de rester au cinéma pendant
plusieurs heures. Absorbé par le film, vous l'avez regardé pendant trois heures,
et brusquement le film s'arrête et vous reprenez vos esprits. Vous vous rappelez
soudain que trois heures ont passé, que ce que vous avez vu n'était qu'un film.
Vous sentez vos larmes. Vous avez pleuré, parce que le film était triste ou
peut-être que vous avez ri. Et maintenant, c'est de vous que vous riez. Quelle
bêtise ! Ce n'était qu'un film, juste une histoire ! Il n'y avait rien sur
l'écran, seulement un jeu de lumières et d'ombres, un phénomène électrique.
Maintenant, vous en riez ; vous êtes revenu à vous. Mais où étiez-vous pendant
ces quelques heures ?
Vous n'étiez pas au centre de vous-même. Vous étiez
complètement à la périphérie. Vous étiez là où le film était, mais vous n'étiez
pas au centre de vous-même. Vous n'étiez pas avec vous. Vous étiez ailleurs! Celui qui commence à
reconnaître cela, éprouve le passage à l'éveil comme s'il passait d'un cinéma en
deux dimensions à une vision progressive en trois dimensions. Il réalise
consciemment qu'il regarde un film merveilleux constitué d'effets spéciaux mais
ce n'est toujours pas la réalité objective. Une
nouvelle conscience devient alors nécessaire pour corriger notre vision des
choses car nous avons été souvent conditionnés à ne percevoir le monde et
nous-même que sur le plan de la dualité. Majoritairement, on ne nous a pas guidé
à être au centre de nous-même pour créer cette troisième dimension
objective.
Être en soi, exige donc un travail conscient et objectif qui
conduit à un état d'équilibre et de sagesse. Cet état est lié à un savoir et à
des connaissances sans lesquelles il n'est pas possible ou rarement possible de
l'atteindre. Ce savoir n'est pas seulement celui de la vie ordinaire et son bon
sens ou sa logique. C'est une connaissance de nature supérieure qui, si elle est
mise en pratique, crée en soi une conscience de nature supérieure. De tout temps
et en tous lieux, des hommes et des femmes, qui ont atteint cet état de
conscience, ont considéré qu'il y avait la nécessité d'une transmission, d'un
enseignement approprié.
Transmettre impose le sens du service, servir une cause
noble. Ainsi, celui qui fait passer le sens de l'éveil va pouvoir en se
rectifiant lui-même guider celui qui s'éveille à la connaissance de soi, de
l'être qui est en lui. Nous ne pouvons pas nous transformer seul car si on le
fait, on continue à cultiver nos illusions. Se laisser guider, c'est aussi
reconnaître intuitivement qu'il nous manque quelque chose que l'autre possède.
L'important n'est pas le guide mais son enseignement qui vous suggère une autre
manière de voir les choses sur vous-même, par vous-même. Un véritable guide
n'est pas dans le pouvoir ou la manipulation car il ne peut que se posséder
lui-même. Il ne fait que partager et contribuer à votre propre éveil avec
sincérité, authenticité et efficacité. C'est parfois cette efficacité qui
soulève nos résistances à notre propre transformation.
Le point de départ de cette étude impliquant une pratique,
est la perception de cet état de conscience particulier de l'être humain qui
ressemble plus à une espèce de sommeil éveillé qu'à un véritable état de veille.
En effet, l'être humain est susceptible de connaître la conscience de sommeil
(avec ou sans rêve) et une conscience de veille : cette dernière est en réalité
un demi-sommeil dans lequel l'être humain est, la plupart du temps, préoccupé
par lui-même, oubliant pendant ces instants le monde extérieur. Il n'est pas là,
étant comme hypnotisé par ses pensées, ses émotions ou son propre corps physique
ou bien, il est concentré sur le monde extérieur et s'oublie alors lui-même
(inconscient de soi, endormi à soi).
Cet état de demi-sommeil est la cause de la plupart des
malheurs de l'être humain et de ceux qu'il inflige aux autres et au monde.
Il existe deux autres états de conscience, la
conscience de Soi et la
conscience Objective, qu'on
peut atteindre en s'éveillant à ce demi-sommeil. Cet
éveil représente une
alternative sérieuse aux souffrances individuelles et collectives. C'est aussi
le raisonnement de la plupart des grands courants spirituels qui universellement
au-delà des religions, des dogmes et des cultures, appellent l'individu à sortir
de sa dualité pour
s'éveiller à cette conscience objective. C'est aussi la
possibilité pour chaque individu d'atteindre l'équilibre, l'harmonie et la paix en
Soi.
" Apprendre à rendre sa
souffrance utile. "
Jeff Le
MAT