DE L'OMBRE A LA LUMIERE

Voici le parcours qui m'a conduit à conjuguer la photographie avec mon intérêt pour la sagesse et ma passion de la vie dans ce qu'elle peut offrir de beau et de merveilleux. J'espère éclairer le lecteur sur ce lent processus de transformation qui permet à un individu de comprendre les différentes facettes de sa dimension intérieure pour les réunir en une seule et même expression. Voir, percevoir, sentir, ressentir, penser, réfléchir, entendre, écouter, sont autant de combinaisons qui relient un homme à l'étendue de sa nature émotionnelle. C'est précisément cette nature qui échappe à la plupart des individus. Je souhaite enrichir ceux qui veulent découvrir et comprendre le vaste champ de leurs émotions pour les vivre authentiquement. C'est cette contribution que j'apporte au quotidien dans l'exercice de la psychanalyse.

Mes premiers clichés ont été mes impressions quand je regardais à la fenêtre de l'atelier de ma mère. Dans un manège continu, les gens entraient et sortaient de la mairie qui était située en face de chez moi. J'avais le nez collé contre la vitre et ce mouvement incessant que j'observais suscitait en moi l'étrange sentiment qu'une distance me séparait de ce qui m'entourait. J'avais l'indicible sensation qu'il manquait quelque chose quelque part qui complèterait cette perception, qui comblerait ce vide. J'éprouvais un malaise car je sentais une difficulté à m'inclure dans la vie comme si j'y étais étranger, comme hors du cadre de l'existence. J'avais du mal à sentir, à ressentir qui j'étais et ce que je faisais là. Ce qui me dérangeait c'était cette absence d'émotions, un sentiment froid presque reptilien.

Je vivais dans un cadre familial privilégié, protégé avec de l'amour, de l'attention, mais je le ressentais comme un carcan. Je regardais mes parents comme s'ils étaient étrangers à moi-même et eux me regardaient comme un extra-terrestre en ne comprenant pas ma nature sauvage souvent belliqueuse. J'étais dans la colère de me sentir abandonné au milieu de nulle part.

On pourrait s'étonner qu'un enfant de cinq ans puisse se sentir troublé dans ce rapport à l'existence en éprouvant un sentiment de solitude absolue mais ce fut un formidable levier pour trouver le lien qui m'unissait au monde. Pourtant, je me sentais vivant, extrêmement curieux, avide de compréhension et de sensations, j'avais un formidable appétit de vivre comme mû par un état passionnel. Quel paradoxe d'être dans tant d'émotions et de ne pas les vivre consciemment. Mon hyperactivité épuisait tout le monde car je partais dans toutes les directions comme une boussole affolée. Et c'est dans cette course effrénée que je me structurais, j'utilisais ma violence dans une pugnacité à réaliser ce que j'entreprenais dans une forme de sublimation à comprendre et maîtriser tout ce que je touchais.